REDEMPTION EPISODE 1/# 20 juin 2009

Rédemption/ Episode 1.    F Servant

Post-log


 C’est un matin gris et venteux, un petit matin de mi septembre sur l’ile Atlantique.

 A l’aube j’ai posé le mot fin. Trois cliquetis espacés de fécondes secondes prompt a arracher a mes entrailles un soupir espéré. J’extirpe ma carcasse courbaturée, par des nuits de veille, hors du fauteuil au cuir usé, j’enfourche ma bicyclette et pédale mollement jusqu'à la plage déserte.

Mes pieds nus soulève des tourbillons de sable soyeux et froid, poussés par le vent, chargés des premières lumières du jour, volutes iridescentes. La marée est pleine, d’iode et de nuances. La vague frappe violement en remontant du haut fond, se retire en suçant le rivage dans un baiser chuintant. De cette même violence originelle qui m’avait attiré chez lui dés ce premier jour, écho au ressac sourd de ma peine. Maintenant échappée de son corps, diluée dans la matrice, elle revient inlassable, écume vierge de vices. Je suis rentré jusqu'à la taille dans la houle, la fraicheur m’engourdie, tétanise mes membres. Le tumulte des jours passés a laissé sa place au silence bienfaisant.

De leurs destins croisés m’est revenue l’envie, rien ne peut plus être pareil maintenant, mon Phoenix. De ces jours qui marquent a jamais votre vie et qui sans doute au moment du grand saut vous reviennent en flashs crépitant. Leurs secrets se sont infiltrés dans chacun de mes doigts, nuits après nuits. Leurs rires à la terrasse du café, leurs derniers regards. L’histoire repose en un tas compact sur le bureau d’acajou. Mon fardeau de haine n’est plus. Le prix de leur amour pour ma rédemption.

Ils dansent maintenant dans mon esprit alors que j’avance un peu plus dans l’océan, jusqu'à perdre pied, jusqu'à perdre le souffle. Un été de canicule, alors que chacun s’apprête à subir le maelstrom des âmes. Je les ai imaginés, il se peut que cela se soit ainsi passé.

---------------------------------------------------------------------------------








1 PH/ 


 Le paysage défile, cramé, grillé par le soleil, les tournesols sont avachis, le mais est épuisé. La terre se boursoufle, se craquelle, hurle sa soif. Dans l'air vibrant de sueur de cet été canicule, Pierre-Henri survole ses 15 ans, trop grand, trop frêle avec la révolte dans le sang. Le casque de son i-pod, vissé sur ses oreilles, crache un beat furieux. Vibre le tympan, dodeline la tête de droite à gauche, de haut en bas. L’effet du splif aspiré, clandestinement, quelques kilomètres en amont, dans les toilettes d’une station service, s'immisce dans ses neurones, se mélange à l'unisson, procurant à son esprit, le semblant d’une paix hallucinées. Ses yeux bleus pâle, héritage d’une mère aujourd’hui disparue, se sont plissés. De petites striures rouges, parsèment le contour de ses pupilles dilatées. Ronronnant, pareil à un gros chat noir, le 4X4 trace sa route sur le bitume surchauffé.


Derrière les vitres teintées, dans l’atmosphère climatisée du véhicule de luxe, l’auto radio diffuse de la musique classique aseptisée comme un déodorant WC. La main gauche de son père caresse le cuir du volant, la droite la cuisse de cette fille. On la dirait sortie d’une série américaine, ça sent le parfum, chaque fois qu’elle se retourne vers lui et la menthe quand elle parle. Elle alterne les œillades et les sourires prime time, régulièrement, comme un automate bien réglé. A coup sur cette fille est programmée pour séduire et baiser avec des vieux friqués, leur extorquer leur tûne a coup de caprices juvéniles et leur laisser croire qu’ils sont magnifiques, encore jeunes et fringant et surtout tellement drôles et puis porter si possible l’estocade ultime, les mettre à genoux gaga et sénile devant un ventre bombé. Les vieux cons se croient alors, l’ombre d’un instant, dotés de pouvoir divins, ont le sentiment de l’extra balle, d’une partie gratuite offerte par Dieu en personne, alors que déjà se profile l’épitaphe rédhibitoire, du mariage annoncé et de sa suite pathétique. Ils se font braquer avec un gosse à la place d’un flingue sans même s’en rendre compte tellement imbues de leur réussite spermatozoïde.

 Ses dents sont trop blanches, ses seins probablement refait, malgré son jeune age, déforment un T-shirt « fruit of the loom ». Il voit sa bouche s’entrouvrir, devine ses paroles sucrées et aseptisées, de toute façon il n’entend rien de ce qu’elle peut lui dire et probablement qu’elle n’en à rien à foutre de ce qu’il peut lui répondre. Il les connaît par cœur ces filles de Neuilly, ces gonzesses limousinées élevées au Courchevel ST Moritz, les Portes en Ré, St Trop. Toute l’année ils les côtoient dans son institution de bourges, pures pouliches clonées les unes aux autres, prêtes à sucer, prêtes à emballer. Blondes platine de préférence, Hermès, Vuitton en bandoulière, issues en droite ligne d’un élevage labellisé, garantissant à 25 ans le premier divorce rémunérateur.
Rien que de repenser à leurs tronches ça lui tord le bide, quand aux mecs de son école futurs géniteurs aux mèches rebelles et aux polos Ralph Lauren, il ne sait que trop leurs parcours transgéniques, leur bêtise condescendante. Il se sent tellement loin de leurs préoccupations préfabriquées de leurs Weston cirées et de leurs futurs écoles de commerce anti-crise, il se sent tellement loin, tellement loin de tout ça qu’il ne sait plus ou il est.


 Il détourne la tête pour échapper à la énième œillade pleine de khôl. Dans ses yeux miroite soudain l’éclair métallique d’une moto qui double et disparaît au milieu du trafic. Il lui reste un instant, dans le regard la trace furtive d’un trait lumineux, étincelant, qui dépasse la voiture et file comme un éclair d’argent dans le futur. Le flot estival s'étire vers l'ouest.






2 Leo/




Il pousse à fond sa grosse moto Japonaise, zigzaguant sur l’autoroute surchargée, transporté par la puissance de l’engin, il se sent des « cojones » d’enfer. Il est l’hybridation suprême, l’homme machine, invincible. Quelques heures au préalable, sous une pluie d’objets hétéroclites, il avait entassé ses affaires à la va vite dans des sacoches de cuir et un sac à dos. Le vaisselier était en train d’y passer lorsqu’ il avait claqué la porte sous une pluie d’éclats de céramique. Chevauchant sa belle mécanique il avait alors taillé la route, lâchant la grisaille étouffante de la banlieue nord Parisienne. Cette salope avait bien failli lui crever un œil avec le couteau à pain, ça lui laisserait une petite cicatrice sur la pommette, une de plus, il aimait ça les cicatrices, plantades motorisées, bitures agressives, furies amoureuses, autant de signes qu’il considérait comme les trophées de sa liberté, d’autres y aurait plutôt vu les tatouages débiles d’une vie débridée, inconstante, les marques d’une irresponsabilité notoire …
Peu lui importait, le soleil dans les yeux il suçait les pointillés, direction l’océan.



Mère nature l’avait dotée d’un physique irréprochable, taille, biceps, visage d’ange, cheveux brun épais et fourni lui conférait il est vrai une allure impressionnante de gravure de mode. Il savait depuis son plus jeune age en tirer parti. Il aimait à évoquer sa première « culbute » avec la tante Hortense, il n’avait que 13 ans, on lui en donnait déjà presque 18. Il était là son destin pour échapper à la monotonie se son village « chti » de Godsvarsweld. Ses parents y trimaient encore derrière l’étal de la petite boucherie charcuterie, longtemps ils avaient espéré qu’il reprenne le commerce que le sang, l’abnégation et les langues de veaux avaient parcimonieusement construit. Mais au lieu de cela, en guise de récompense des sacrifices consentit, Mr et Madame Desmete n’avaient eut droit qu’aux piteux et calamiteux témoignages de parents attristés par la tentative de suicide ou la grossesse prématurée de leur filles énamourées. Quelques temps cependant, après une scolarité catastrophique, et des heures de sermons attristés, il avait daigné arpenter lui aussi les carreaux de marbre noir et blanc couvert de sciure.

Le paradoxe voulu qu’à ce moment là le chiffre d’affaire ne fut jamais aussi haut à la grande joie stupéfaite de ses parents. Elles se précipitaient, en rang ordonné dés l’ouverture de la boutique, les rombières de notables, les filles à caser, les jeunes comme les plus vieilles, du coup le commerce ne désemplissait pas, il se peu même qu’à cette époque le poids des hommes du village augmenta de quelques kilos de graisse supplémentaire.
Elles lui glissaient des billets doux, lors de l’échange de monnaie et dés le soir venu à l’heure de la fermeture il s’en allait niquer et reniquer. Moyennant faveurs et arrangement il mit moins d’un an pour acheter sa première moto, là ou son père avait trimé presque dix ans pour s’offrir sa première camionnette réfrigérée.

Dopé à l’hormone il profita de la venue dans la région d’une équipe de tournage pour fourrer la maquilleuse et quitter son « Chnord » natal. Il se retrouva à Paris ou il continua à oeuvrer en tant que salaud patenté, niqueur devant l’éternel et plus il vieillissait et plus il s’embellissait, mais son QI à l’inverse du compteur de sa moto ne décollait pas, il restait scotché à la providence de son jean moule burne et de ses T-shirt justaucorps.

La dernière en date il l’avait levé comme l’épagneul fait jaillir la hase au détour du bois. Elle était riche, propriétaire d’un joli appartement et de 10 ans son aînée. En ce début Aout torride, amoureuse éperdue elle n’avait pu se rendre qu’à l’évidence en constatant l’adultère se son Léo. Il était là couché sur son lit, son sexe dans la bouche de l’une, son doigt dans la fente d’une autre. Deux le même jour malgré l’aveuglement et la tolérance dont elle avait fait part, il ne pouvait être question pour Lucie de se flageller plus longtemps, la haine lui avait sauté à la gorge comme un chien enragé. Elle s’était alors transformée en une sorte de lance missile humain faisant jaillir de ses deux mains tout ce qui tombait à sa portée. L’été s’annonçait « calliente », il avait pris la fuite en vrombissant, elle lui avait tant parlé de Ré, son île adorée qu’il ne lui restait plu qu’à y aller sans elle et puis Ré ça sonnait comme un putain d’appel au vice.

La caravane est la, face à lui, sur la file de gauche doublant un poids lourd, le coupant dans son élan. Il décélère, tout en balançant quelques œillades lumineuses et avant même qu’elle n’ait fini de doubler se faufile audacieusement entre les deux véhicules accélérant dans un feulement strident.




3/Jacques, Jeanne


- Quesqu'il me fait l'autre abruti de motard avec ses appels de phares t’attendra qu’j’aie fini de doubler, dééébile ! Regarde-moi ce connard, tsssss … Regarde-moi ça, en plus on arrive. Faut-il être stupide ?! Jacques à juste le temps d’apercevoir l’ombre de la moto et d’éviter l’embardée, il jure entre ses dents et fuit par tous ses pores. Jeanne parfois le brumise d'un jet de bombe hydratante, dans une coordination que l'on sent façonnée par l'expérience des années. Son geste est précis. D’abord essuyer le front, puis le cou qui suinte, lentement. Ne pas troubler le champ visuel, puis d'un mouvement circulaire rapide, rafraîchir le visage. A ce moment-là il ferme toujours les yeux un bref instant, de gêne, de plaisir, de concupiscence, couvert par cette fine rosée qui donne à son visage une aura lumineuse, presque angélique, atténuant la couperose, affinant les traits. Quelques perles d’eau restent prisonnières de sa moustache. A cet instant elle le trouve presque beau et ça la rassure de savoir qu’elle peut encore ressentir quelque chose comme ça, qu’après tout, si elle est là, à coté de lui, ce n’est pas la faute de l’habitude, ni celle de la petite, ni la peur de la solitude et des conditions économiques, qu’il y a encore de l’espoir…. Que leurs 20 ans de vie commune ne sont que la contribution au bonheur, ce n’est pas possible autrement. Cependant, elle ne peut s’empêcher de penser qu’il tarde à revenir, ce bonheur.

Voila les vacances, le moment propice pour elle de s’ébrouer, d’espérer à nouveau que son Jacques va l’émerveiller, la faire chavirer, comme il avait su si bien le faire pendant les premières années de leur mariage. Même si son humour s’est tari, son visage renfrogné ses cheveux raréfiés et que sa bite est devenue couleuvre pendant que son bide s’épanouissait ...chaque été elle sent revenir en elle la pulsion sourde de l’envie.
Melissa, leur fille, micro-wave à l'arrière du véhicule, comme aimanté son regard vient parfois se fixer sur la nuque dégoulinante de sueur de son père. La dévotion névrotique de sa mère épongeant la masse quasiment chauve et adipeuse lui extirpe de profonds soupirs. Quelque chose a changé depuis ses 15 ans, parfois ça lui fait peur, comme si tout à coup la réalité devenait trop palpable, trop insupportable. Ses parents soudainement lui sont devenu ridicules, laids et surtout mais surtout, complètement con. La critique lui brûle la bouche comme une soupe trop chaude. Sa Mamounette et son Papounet se sont métamorphosés trop vite sans qu’elle ne comprenne vraiment comment et ce sentiment lui est parfois intolérable.
Par les fenêtres grandes ouvertes le souffle chaud de l'autoroute colle sur sa poitrine naissante un petit top synthétique rose. Elle murmure, le visage posé contre le tenant de la portière, le vent qui s’infiltre par la fenêtre entrouverte fait claquer les cheveux qui s'échappent de son bandana, l'air lui brûle les yeux, assèche sa peau. Et c'est bon. Elle chantonne doucement maintenant: » - Parce que je suis celle - Quuue la vie t'a donnée - ouuuuouuuuuuouuuyeaaaah Mâche et plop ! fait la bulle du chewing-gum.

– Mélissa est belle, sans artifices, sportive et bonne élève elle est la fierté de ses parents, il y à chez elle une gentillesse naturelle, quelque chose d’indicible qui la différencie des autres filles de son âge, une forme de sagesse angélique qui emprunte certainement au parcours patient de sa mère auprès de son père. Pas de rébellion apparente, ni d’asociabilité, encore moins d’irascibilité de celle dont font ordinairement preuve les ados de son âge. Mélissa est un lac aime à penser sa mère, un lac calme aux reflets vert comme ses yeux. Mais un lac qui cache en son tréfonds une créature terrible aime à rajouter Jacques en plaisantant. Il se peut qu’il ait raison qu’au fond de sa « chérie d’amour » sommeille quelque chose qui un jour se réveillera, elle y pense et des fois ça lui fait peur. Tais toi, tais toi donc, lance t’elle à Jacques lorsqu’il évoque son possible changement.

Mélissa est un lac lisse et transparent sans une ride. Sa peau est de porcelaine malgré l’age qui fait d’ordinaire pousser sur les visages juvéniles l’acné disgracieuse. Mais il n’y à rien de cela sur son visage, pas un soupçon d’irrégularité, comme si la nature veillait à conserver chez elle la pureté originel. - On arrive ! lance Jacques tonitruant. - Vla le pont, vla le pont ponpon, reprend t’il d’une voix guillerette, presque enfantine. - T’as vu ma bibiche, lance t’il à l’intention de sa fille. - …et Melissa - - - -

Elle déteste qu’il l’appelle comme ça, mais elle ne proteste pas, se contentant de hausser les sourcils, elle décrypte son propos comme s’il était l’enfant et elle l’adulte, c’est ce sentiment encore confus qui l’habite, ce sentiment d’avoir 100 ans de plus que lui. Elle entretient dans ces moments une forme de compassion patiente et lucide. Ils sont les dinosaures d’une époque révolue, le témoignage d’années insouciantes, ou rien, apparemment, ne pouvait empêcher le système à produire le rêve pour lequel il avait été programmé, le bonheur pour chacun. - Mais les promesses faites à l’humanité ne tenaient plus. L’espérance d’un avenir radieux, avait cédé sa place à un cauchemar trop réel.

 Melissa devait l’accélération de sa prise de conscience, aux violentes émeutes de fin d’année entre les lycéens et la police chargée de contrôler les sanctuaires scolaires et les banlieues chauffées à blanc par un soleil d’été assassin. Malgré l’éveil de ses sens Melissa conservait pour ses parents un respect indéfectible probablement très proche de celui qu’elle pouvait porter aux espèces menacées, baleines, ours polaires et autres musaraignes de l’Altiplano. Ils n’étaient que l’héritage de la désinformation et de la manipulation, les jouets de forces occultes et de complots obscurs, maintenus dans l’ignorance durant des générations. Comment leur en vouloir ? En cela elle différait de la plupart de ses amis ados. Elle avait vu les larmes dans les yeux de son père lors des réductions d’effectifs dans son imprimerie et connaissait les messes basses de fin de mois et les sacrifices constant consentit pour son bien être. Elle s’était promis de ne pas rentrer dans d’inutiles conflits avec eux consciente, par delà le chaos ambiant, de la chance qu’elle avait d’être une ‘’ mutante, lucide’’, une combattante de la nouvelle heure même si tout cela bouillonnait parfois. Les médias ne cessaient de le clamer a tour de pages de chroniques et de reportages, ‘’ la jeunesse se politise’’, ‘’ les nouveaux révolutionnaires’’.

La radicalisation des propos de ses professeurs et surtout la panique progressive qui accompagnait chaque jour un peu plus la vie de sa famille avait poussé Melissa à lâcher soudainement ses préoccupations d’enfant insouciante. Ainsi avait t’elle symboliquement condamner ses Barbies au bucher en découvrant tristement a quel point elles n’avaient jamais été que l’un des outils de la subversion capitaliste. Un après midi elle avait réunis ses meilleures amies et procédé à l’exécution au fond du jardin. Dans un silence respectueux elles avaient contemplé, non sans un certain sadisme, la distorsion des corps de plastiques, le crépitement des tignasses blondes et au passage les gargouillis de Ken qui lui-même en avait pris pour son grade. Peu après cela Melissa avait plongé dans le chaudron grouillant des forums internet et transformé ses conversations de récré, il y a encore peu mobilisées par les téléréalités, a devenir aujourd’hui de véritable discours militant. Mais lorsqu’elle rentrait chez elle, après des journées de prêche et d’harangue, qu’elle retrouvait sa maison, rien de tout cela ne transparaissait. Elle réintégrait le cocon protecteur, avec la balançoire dans le jardinet, les coups de bèches généreux du Dimanche de son père dans le potager, les chansons Italienne populaires qu’égrenaient sa mère devant la machine a coudre et même quelques peluches survivantes du Pogrom qu’elle aimait encore a étreindre .

S'évase soudain l'autoroute vers la barrière payante, s'étirent les files d'attente de tôles surchauffées. Feulement sportif, vrombissement sourd, grincement laconique, pétarade pathétique. Derrière la vitre teintée, fort de son immunité visuelle Pierre Henry ausculte les véhicules. Son regard s'enhardit, s'engage par la fenêtre arrière de la voiture voisine, alors que s'ébranlent mollement les alignements fumants. Il caresse des yeux un genou, glisse sur une cuisse dénudée, anonyme blanche et laiteuse. Il la domine du haut de son 4X4, de son invisibilité. Melissa lève le regard, avance son corps, devine la présence derrière la vitre fumée, s’interroge, s'entrebâille sa jupette alors qu’elle se penche plus en avant, moule le tissu, papillonnent les paupières et disparaissent les visions sous le portique à péage. La barrière à péage aspire, l'aoûtien, le dilettante, la caravane, les allége de quelques euros et les recrache vers, la virgule transatlantique, de l’autre cote vers le pont. Et soudain, le béton enjambe l'océan, domine la matrice houleuse qui révèle en son sein l'île tant espérée. Et l'iode et l'embrun effacent des habitacles l’odeur de sueur et de jambon beurre plastifie et offre aux pèlerins laborieux l’espérance d’un asile de paix et d’oubli.


Lors de la traversée Pierre Henry à baissé sa vitre pour recevoir la gifle varech vivifiante, l’envie de hurler monte en lui en un élan vital. Il pourrait tuer quelqu’un rien qu’en lui crachant dessus la haine grouillante au fond de son corps, la haine de ce putain d’age à la con, la haine des autres, des adultes et de leur prétendu expérience. La honte obsédante que parfois il éprouve devant l’arrogance d’un père nanti. Sa bouche s’ouvre en grand, l'air du large s’y engouffre violement et le cri lutte contre le vent … - -PH ferme ta vitre, j'ai la clim steplait . Il a dit ca ‘d’un ton sec, tout en le fixant une fraction de seconde dans le rétroviseur central. S’étouffe l’envie et se resserre le noeud de son ego. Le cri frustré contourne alors subrepticement la morale en vigie pour venir gonfler le gros de la révolte qui attend à l'orée de la déraison. Elle est en arme, espérant son ordre. Se referme la vitre.

Les véhiculent glissent vers l'île, s'éparpillent, estivales.


4/ Edouard

Dans mon appartement, sous les toits Parisien, la chaleur est accablante, se déplacer réclame des efforts surhumains et le bouclage de mon sac de voyage s’est avéré une tache Herculéenne. Tenue light, lunette de soleil, gaz et électricité fermé; J’ai verrouillé la porte, grogné devant l’ascenseur en panne pour la énième fois, en raison des grèves surprises. Ma main glisse sur le bois lustré de la rambarde de la cage d’escalier qui, rassurante, m’accompagne lors de la descente des 7 étages. C’est au cinquième que l’odeur m’interpelle, une puanteur fade, agressive et inquiétante, qui imprègne la chaleur ambiante. C’est au troisième qu’elle me saisit, me prend à la gorge, un collet aigre doux. L’une des portes du palier d’un des deux appartements concomitant est ouverte, dans l’entrée se tient un homme grand et baraqué, recouvert des pieds à la tête d’une combinaison en plastique blanc, on ne voit de son visage que son regard qui émerge au dessus d’un masque chirurgical. La sueur coule dans ses yeux, on devine derrière lui deux acolytes qui portent un gros sac en poussant de petits râles. La vision, pour le moins inquiétante, n’encourage pas à séjourner au palier 3. La mort est passée, à l’odeur il y a déjà quelques jours de cela. La pensée de cette mort anonyme me soulève soudain le cœur me précipitant coupable et honteux dans l’escalier.

J’accélère le pas. Un de plus. Les anciens tombent comme des mouches encaniculées. La rue, un taxi, la gare…vite. Je cours comme un dératé, à grandes enjambées mécaniques, dans les allées bondées. Tourne 7 fois mon billet dans la bouche de la poinçonneuse, avant qu’elle ne daigne le mâchonner enfin, puis m’écroule essoufflé et suant a la place 35 A de la voiture 17 prés de la vitre, dans le sens de la marche. Indicible satisfaction de constater que je n’ai pas de voisin, alors que le train surchargé ne va pas tarder à partir. Indéniable bonheur à l’ébrouement du wagon. Ultime jouissance de complaisance égoïste enfin avant que soudain l’Everest ne s’écroule sur moi, dans un couinement poussif, venant comprimer mon corps contre la vitre. Je nage maintenant dans l’opulence graisseuse de mon voisin de voyage surdimensionné, abattu, terrassé par mon sort de passager aoûtien et les exhalaisons âcres de transpiration. Ma vie semble se résumer à ce triste scénario, des semblants de liberté, des espérances chaque fois annihilées par un contre effet désastreux.

Le TGV fend la campagne engourdie de chaleur, les pleurs insupportable d’un enfant, un allo beuglé en réponse a une sonnerie agressive de portable et le gros d’à coté qui rajoute à mon énervement, son ronflement siffle, comme une cafetière. Je n’aurais qu’à posé ma main sur son visage porcin et peser jusqu’à ce ça s’arrête, qu’un dernier soubresaut l’anime avant l’expiration. Personne n’y prêterait attention, on le retrouverait là comme ça, la tête soutenu par son triple menton posé sur son torse de porc obèse et le fait même qu’il pu mourir comme ça n’amènerait pas de questions. Tout le monde sait bien que les gros sont fragiles du cœur, qu’ils peuvent claquer comme ça d’un coup par rupture de tuyauterie, c’est qu’il en faut de la force à ces poumons là pour soulever une pareille cage thoracique.

Profitant de son sommeil, je le dévisage plus attentivement encore, ce gars ressemble à un sac de plis, il n’à décidément rien d’élégant, rien d’attachant, tout n’est que vulgarité bouffie. Il porte une alliance, une grosse alliance en or sur son gros annulaire boudiné. Qu’elle femme peu bien partager la vie d’une pareille monstruosité ? Le contrôleur arrive, je lui présente mon billet, le type n’à pas bronché comme enterré dans son sommeil adipeux. Le contrôleur réitère sa demande puis secoue son épaule, une fois, deux fois avant que celui ci n’entrouvre ses paupières avec un rictus infâme. Ca aussi ça doit être dur, d’ouvrir des paupières comme ça, si grasse, si épaisse, comme si deux morceaux de lard de 500 g chacun lui couvrait les yeux.
Il fouille maladroitement la poche intérieure de sa veste, me balançant involontairement des coups de coude qui ont pour effet de décupler ma rage. Je n’en peu plus, profitant du contrôle je me lève soudainement, enjambe l’homme montagne et me dirige vers le wagon restauration. Je fulmine, essaye de me calmer avec une bière fraîche, mais rien n’y fait c’est maintenant l’inconfort du lieu qui m’incommode, je maudis les designers qui ont pu concevoir un espace aussi minable, des sièges aussi peu fonctionnel, comme si la seule envie qui eut pu motiver l’architecture ce cet espace ne reposa que sur l’obligation de minimiser le temps de présence du consommateur dans le wagon. Le cahier des charges devait contenir en lettre rouge un truc du genre « accroitre le processus de consommation en développant l’inconfort » minimisation du temps de présence du consommateur dans l’espace restauration afin d’accroitre le turn over au final ça à le mérite de me faire sourire, enfin. Quel monde de crétins, j’avale lentement ma bière, elle est tiède est a un gout acre et le verre sent le plastique je sais qu’après je vais avoir cette haleine un peu fétide et ce parfum qui va m’accompagner tout le voyage, j’ai oublié d’acheter des chewing gum.

- Vous êtes Edouard de Parthenay n’est ce pas ? J’ai relevé la tête de mon verre avec étonnement, découvrant une femme d’environ une cinquantaine d’année, apprêtée élégamment d’un petit tailleur d’été en lin beige, le sourire figé elle attend sagement sa réponse, les mains croisées sur le devant de sa jupe comme une première de la classe. J’ai pris mon temps la dévisageant, m’attardant sur ses yeux trop maquillés, son chignon impeccable, regrettant au passage de ne pas avoir eut de place en première, humant son parfum acidulé, pour finalement opter en guise de réponse pour le hochement de tête muet. - Je suis une fan, a t’elle fait timidement avec un petit gloussement : ‘’C’est fou de vous croiser là, regardez ! ‘’.
Elle agite sous mon nez un de mes ouvrages, « l’appel du large », le dernier, parmi l’un des plus mauvais à mon goût et de rajouter avec un sourire extatique : - Je n’en crois pas mes yeux. Mon éditeur à cru bon de rajouter une photo sur la dernière de couv. Une photo stupide ou j’apparais avec un sourire entendu, un costume de coton blanc et un paysage tropical en arrière fond, le tout juste au dessus d’un résumé prometteur : Edouard de Parthenay écrivain aventurier sillonne le monde pour nous ramener d’incroyables histoires, mêlant romance et aventures palpitantes. Vous aussi vivez l’émotion avec la collection ‘’ Autour du Monde’’. - Apres une violente tempête Patrick échoue sa Goélette sur la cote du Sri Lanka. La il rencontrera Véronique dont toute la vie n’est dévouée qu’aux victimes des terribles et sanglants conflits qui font trembler l’ile. La violence et la souffrance, la trahison et les mensonges dans ce monde en guerre vont plonger nos héros dans un récit palpitant ou rien patipatata… - - - c’est come ça que je vous ai reconnu, fait elle tout m’exhibant ma tronche sous le nez.. - Oh lala, c’est drôle le hasard tout de même. - -

Voila donc le prototype d’une de mes lectrices. Moi le docteur bobo du sentiment, le magicien des amours caniculaires, des aubades tropicales. Je suis le mystificateur du cœur des ‘’middle âge’’, ‘’middle class’’, comme ils aiment a dire au service marketing, quatrième étage, bureau 28. Edouard de Parthenay conquérant de la célibataire opiniâtre, de la vieille fille désillusionnées, des romantiques névrosées jamais remisent de leurs premiers amours ou de leurs sombres divorces… y ajouter aussi, le comptable vieux garçon a lunette écaillée, le collecteur des péages autoroutier et je l’espère secrètement quelques ministres adultères se faisant lire le récit par une Walkyrie Brésilienne tout de latex vêtue. Ecrivain populaire, populeux devrais je dire aigris de n’avoir jamais écris autre chose que la même et sempiternelle histoire retranscrite dans de nouveaux paysages, de nouveaux pays. Soyons honnête, le seul talent que je n’ai jamais possédé c’est celui de la description narrative, je peu vous tartiner des pages sur le soleil se levant sur la baie de Rio ou se couchant sur celle d’Along, les tempêtes de sable dans le désert de Gobi ou de neige dans le Nebraska, le scintillement des étoiles sur l’Annapurna et le vol des perruches sur le Taj Mahal, ou encore les cerisiers en fleur au pied du mont Fuji, et vous aurez l’impression d’y être.
Pour sur ce sont des guides de voyages que j’aurais du écrire. - - Mes personnages, ou qu’ils soient, restent invariablement les mêmes : ‘’ Hôtesses de l’air, infirmières, musiciennes ou archéologues, pilotes, médecins sans frontières, joueur de polo généralement doublé d’un Maharadjah déchu ou encore navigateur solitaire, unique héritier de l’Empire Mastodonte, ayant échoué sa goélette sur un banc de sable quelque part dans l’Océan Indien. - Tout cela bien entendu répond a un cahier des charges dictatorialement impose par ma maison d’éditions Lune et Soleil pour la collection Autour du monde. Désespérance, rencontre drame tout se finissant généralement dans un Palace Ydiiiilique dans lequel : ‘’VOUS pourrez VOUS aussi VOUS rendre. Le club de voyage ‘’Autour du monde’’ VOUS donne l’occasion de vivre VOUS aussi la magie du Sri Lanka, une semaine inoubliable….www//…. Un livre, un voyage. Ou comment vendre du ‘’ Low Coast’’ a quelques désespérés de l’amour. - -
De fait je suis probablement bien plus un vendeur de ‘’tour opérator’’ qu’un écrivain romancier. Bien heureux devrais je me dire, d’avoir du travail en ces périodes de crises, d’être très grassement paye, de travailler pour la même maison depuis plus de 10 ans et de pouvoir voyager a l’œil dans des hôtels frangés d’écume , de lagons miroitant, de cocotiers ondulants, de sable caressant et de putains de moustiques gros comme mon poing qui vous laisse quasiment exsangue au petit matin après une nuit de lutte durant laquelle votre clim a explose et ou vous avez certainement rempli a vous seuls les égouts du lieu, si votre chasse d’eau daigne fonctionner. Qu’importe…. les ouvrages se vendent bien, dans les gares et les aéroports, les catalogues par correspondance et sur les sites de vente en ligne. Sites Web par lesquels vous pourrez réserver DIRECTEMENT votre billet direction pour le Paradis. Avec un peu de chance vous les trouverez même gratuitement… salutairement abandonnes sur les sièges de quelques salles d’attente… - - Puis je me permettre de vous demander de me le dédicacer ? - Ella a dit ca avec une voix si douce et un mouvement de sourcil si délicat que toute mon acidité égotique m’est revenue à la bouche avec ce détestable parfum de bière.

J’ai tourné la tête prétextant une tousserie et profité du mouvement pour laisser s’échapper mon rot pathétique. Elle a continué dans le même registre, portant à mon cynisme l’estocade finale du bonheur révélé. - - J’ai visité la Birmanie l’année dernière en compagnie de votre roman ‘’ La pagode de l’Ange’’ vous savez… c’était exquis… merci pour votre talent. Vous avez changé ma vie, grâce a vous j’ai découvert le gout du voyage et en plus, vous n’allez pas me croire… ses joues se sont empourprées, ses yeux ont lances des éclairs de bonheur avant de se plisser … j’ai découvert l’amour lors de mon voyage… je rejoins justement mon futur mari à La Rochelle d’où nous partons pour un voyage autour du monde a bord de son voilier. Aussi comprenez mon étonnement et excuser ma demande, mais ce sont beaucoup de hasards tout de même non ?? - - J’ai cherche les cameras cachées, mes jambes m’ont semblé de coton et ma tète lourde comme 10 enclumes sur lesquelles des centaines de métallos frapperaient en même temps. Je me suis contente de hocher la tête avec un sourire crispe. N’osant ouvrir ma bouche de peur qu’une nuée pestilente ne vienne envahir l’espace. J’ai saisi le stylo qu’elle me tendait avec son sourire magnifique, un Bic cristal bleu, son visage rayonnait d’excitation. -Alors ? Me risquais-je du bout des lèvres : Comment vous appelez vous ? -Je m’appelle Myryam, Myryam Grossin. J’ai levé les yeux, constatant qu’elle était plutôt du genre limande, comme quoi…. J’ai rapidement gribouillé quelques mots sur la première page vierge : A Myriam, rencontre ferroviaire du mois d’Aout, bon voyage…. Amicalement Edouard.

Son sourire s’est encore élargie, elle m’a demandé si elle pouvait m’embrasser, j’ai du penser qu’elle en faisait peut être un peu trop, mais je me suis exécuté de bonne grâce, avec ce je ne sais quoi de hautain dont j’ai le secret et ce parfum de bière qui me remontait dans les narines. Ainsi donc, par mes écrits, il m’était donne de contribuer au bonheur d’autrui, cette perspective que je ne m’attribuais que bien trop peu souvent, revint égayer mes penses. J’en oublie le temps d’un instant mon tumulte interne me satisfaisant avec délectation comme d’un nectar rare de cette rencontre opportune.

Présentation

Recherche

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus